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Beaune : la difficile approche des SDF


Refuge Abher
Philippe Kornmann et Vincent Moreau ont attendu, en vain ce soir-là, qu'un SDF frappe à la porte du refuge.

L'esprit Nicolas Rolin vit également à Beaune, à travers l'Association beaunoise pour hébergement des errants (Abher) qui offre un toit aux personnes errantes, pour une nuit.

Alors que le thermomètre a brutalement plongé cette semaine, on pouvait s'attendre à un afflux de SDF dans le refuge de l'Abher. Curieusement, mardi soir, aucun n'est venu frapper à la porte. Deux bénévoles sont pourtant présents. Il y a là le nouveau président, Philippe Kornmann, et un bénévole, Vincent Moreau. Philippe Kornmann nous ouvre son cahier de présence : « On n'a enregistré que dix-neuf nuitées en décembre et, vous voyez, ce soir, les six lits sont vides. Ça peut vous étonner, mais on le constate un peu plus chaque année. J'ai même connu un routard originaire de Chambéry qui venait au refuge, seulement pour manger une soupe chaude et quelques aliments en soirée, puis il repartait ; vous savez où ? Il préférait dormir dans un endroit, sous un vague abri qu'il s'était aménagé. Il me disait qu'il ne craignait pas le froid et qu'il ne voulait pas dormir dans un refuge ». Ce réflexe ne semble pas être un cas isolé. On imagine que ces comportements peuvent décourager les nombreux bénévoles de l'association qui viennent régulièrement ouvrir le refuge tous les soirs en hiver ; d'autant qu'ils l'ont aménagé. Il a été repeint à neuf et la literie est de bonne qualité. Un placard est rempli de boîtes de conserves. Il y a un évier pour faire la vaisselle, un réchaud pour cuisiner et préparer le café au matin, ainsi qu'une douche.
Le profil des personnes errantes, SDF, routards ou grands marginaux est complexe. Quelques clés de compréhension nous sont données par Jean-Luc Carrara, travailleur social de la SDAT qui vient rencontrer Philippe Kornmann : « On imagine qu'il n'y a qu'en hiver que se pose le problème de l'errance, alors, qu'en fait, les sans-abri se sédentarisent à cette époque. Quand ils ont trouvé un centre dans une grande ville, ils restent dans cette ville ; l'été peut aussi poser d'autres problèmes, quand on a une grosse amplitude de température, entre 10 et 29 °C. En tant que professionnel, j'admire le travail des bénévoles de l'Abher. Il faut qu'ils existent, car ils prennent en charge des gens de passage. Ils ne sont pas là pour accueillir des locaux en difficulté. Pour ceux-là, il existe d'autres structures. »

Comprendre l'exclusion
On en vient à essayer de comprendre ce qui peut jeter quelqu'un à la rue. Chacune de ces histoires est personnelle et, en fonction des cas, il faut trouver un type de réponse. « L'exclusion est un processus de “désafiliation”. C'est une “désafiliation” de l'emploi, mais aussi des relations familiales et sociales. On en arrive à des gens qui sont effacés de la société avec la perte de leurs papiers d'identité et même de leurs droits sociaux élémentaires. Une étude a montré que pour une personne ayant vécu un mois dans la rue, il fallait trois mois pour le réinsérer. Pour un an, il faut trois ans d'effort, et cætera. »

Au fil de la conversation, chacun évoque des cas personnels qu'ils ont connus ; tel cet ancien cadre supérieur qui vit aujourd'hui dans une communauté des Compagnons d'Emmaüs, ou ce routard qui a essayé de s'en sortir après vingt-cinq ans d'errance. Une réalité terrifiante apparaît : personne n'est à l'abri. Les bénévoles de l'Abher restent un maillon modeste de la chaîne de solidarité.