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DES JOUETS POUR L'INSERTION PROFESSIONNELLE, ÇA ROULE

Ces exclus de l'emploi entament un parcours d'insertion professionnelle à l'atelier bois de l'espace permanent d'insertion (EPI) de la Société dijonnaise d'assistance par le travail (Sdat).

« Ce n'est pas une entreprise ni une école. Il n'y a pas de notion de productivité ni de technicité, explique Philippe Menth, ébéniste de formation et originaire de la région de Mouthe (Jura), superviseur de l'atelier bois de l'espace permanent d'insertion (EPI) de la Société dijonnaise d'assistance par le travail (Sdat), située dans la zone Capnord. lls sont une cinquantaine, dont un tiers de femmes, à venir travailler dans cet atelier par groupes de sept à huit au maximum et par demi-journée. Exclus de la société et de l'emploi pour des raisons de santé, d'addiction, d'inadaptation ou d'échec personnel, ils viennent de leur propre volonté, sans rémunération, pour une durée variant de deux à dix-huit mois selon les cas.
La fabrication n'est qu'un support pédagogique pour qu'ils retrouvent confiance en leurs capacités. L'atelier est une interface entre l'exclusion et les différents dispositifs d'emploi. Il faut proposer une fabrication réalisable avec leurs capacités pour maintenir leur intérêt et leur plaisir, sans créer de stress. Les progrès viennent d'eux-mêmes , précise Philippe Menth. Un diagnostic d'insertion est assuré conjointement avec un conseiller en insertion professionnelle, et quand ils se sentent prêts, ils sont orientés vers l'emploi.

75 % de sorties vers l'emploi
En 2015, sur trente-trois usagers quittant l'EPI, vingt-cinq départs sont tournés vers l'emploi, soit 75,7 %: un en CDI, deux en CDD, quinze en chantier d'insertion, cinq en entreprise d'insertion et deux en formation qualifiante. Les autres sorties concernent les secteurs santé et social, l'atelier ne comptant qu'un seul abandon volontaire. Les cinquante participants ont pour la plupart de 31 à 60 ans (80 %). Près de 13 % sont séparés, les autres vivant pour moitié en célibat ou en couple. Leur niveau de formation se limite à la scolarité obligatoire (niveau VI) pour 47 % et atteint le CAP et BEP (niveaux V et V bis) pour 42,8%.

EPI, 8, rue de Cracovie à Dijon.
Tél 03.80.60.96.60.
Ouvert de 9 heures à midi et de 14 à 17 Heures du lundi au jeudi,
de 9 heures à midi le vendredi.
creation de jouets en bois Chacun travaille à son rythme dans une atmosphère paisible.

«Après mon burn-out, je me suis reconstruit»
  • À 41 ans, Eric se remet d'un burn-out qui lui a valu une longue hospitalisation. « J'avais ma femme, ma maison, mais je travaillais quinze heures par jour. Maintenant, je n'ai plus rien. Je suis en reconstruction, c'est un tremplin pour rebondir sur le marché professionnel. »
  • Technicien supérieur en électronique de formation, Denis a 47 ans. Une maladie auto-immune, non comprise dans les trente affections reconnues par la Cotorep (commission technique d'orientation et de reclassement professionnel), réduit considérablement la sensibilité de ses doigts et lui a fait perdre son emploi. « Je retravaille au niveau de la dextérité. C'est un bon départ pour connaître mes limites et savoir ce que je pourrai faire.»
  • Pour Madeleine, 56 ans, qui est arrivée du Congo-Kinshasa en 2010, l'apprentissage du français est difficile malgré les cours qu'elle reçoit à la Maison de quartier de la Fontaine-d'Ouche. Sinistrée du foyer Adoma, elle a du mal à oublier le drame : « j'étais au troisième étage … Ça me trouble la tête … Je remercie Dieu … Je me sens bien ici ».
  • « J'ai connnencé l'atelier en avril 2014 et, depuis juillet, je viens tous les jours. Ça me donne des horaires et m'oblige à sortir. Je voudrais m'orienter vers la maintenance industrielle » , confie Ben, 31 ans.
  • Âgé de 22 ans, Sébastien s'était renfermé sur lui-même, se couchant aux aurores et dormant la journée. « Au début, j'ai eu du mal à suivre le rythme de l'EPI. Je ne pouvais pas dire bonjour, je dérangeais, j'avais peur. J'ai appris à prendre un rythme de travail et, maintenant, ça se passe bien. Il fallait que je passe par là, sinon je n'aurais jamais rien fait. » Il ne va pas jusqu'à sourire, mais sa voix se fait plus ferme. ll est heureux, il quitte l'EPI en fin de semaine pour entrer à l'école de la deuxième chance de Chevigny-Saint-Sauveur pour trente heures hebdomadaires de travail, puis trente-cinq. L'espoir retrouvé grâce … à des jouets en bois.
Passage de pièce de puzzle à la cire
Passage d'une pièce de puzzle à la cire d'abeille.


Train en bois
Attention au départ.

Quand le jouet devient objet de décoration.
Chouette en bois
La chouette dijonnaise est en bonne place.
Voiture pour un safari
Envie d'un safari ?

De 5 à 130 € : une bonne action, mais également une bonne affaire

Si l'achat de jouets fabriqués à EPI constitue une bonne action, est-ce pour autant une bonne affaire ? « Nous fixons nos prix en fonction du coût de la matière en nous situant en dessous du marché pour des produits de qualité comparable. Nous sommes trè compétitifs » , précise Philippe Menth. Leur cuisinière est à 105 €. Celles de la société jurassienne Vilac 119,99 € et 127,99 €. L'Espagnol Goula en propose une à 150 € et ça peut monter jusqu'à 249,99 € chez JB Bois. Les tarifs des jouets débutent à partir de 5 € pour une pince à photo et grimpent à 130 € pour une maison de poupées et son mobilier. Une centaine de produits constituent la gamme de fabrication répondant à la norme européenne jouet EN 71. Particuliers, assistantes maternelles et écoles composent la clientèle du magasin; le panier moyen tourne autour de 20 €.

145 251 € de budget

L'EPI organise également des expositions ventes et participe à des marché de Noël. Les bénéfices des ventes permettent de financer des sorties culturelles pour les usagers. Le budget prévisionnel 2016 s'élève à 145 251 €. Il comprend le salaire des deux intervenants (111 839€ charges comprises) et le fonctionnement (33 412€). L'EPI est financé par le conseil départemental et le Grand Dijon à hauteur de 113 500€ (0,15% de leur budget cumulé). Il manque encore 31 751 € pour atteindre l'équilibre. Une recherche de fonds est lancée.