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Le médecin qui rend la vue aux aveugles du Burkina Faso

Depuis trente ans, l'ophtalmologue fontainois Marc Grollemund se rend en Afrique pour rendre la vue à ceux qui l'ont perdue. Rendre la vue à quelqu'un, ça vaut tout l'or du monde ! s'exclame le docteur Marc Grollemund. « La chance de ma vie, c'est d'avoir fait une spécialité comme l'ophtalmologie qui me permet de guérir les aveugles.» Combien d'opérations ce médecin, établi à Fontaine-lès-Dijon, a-t -il accompli au Burkina Faso depuis trente ans ? « J'ai dû opérer là-bas au moins mille cinq cents personnes, surtout de cataractes totales, mais aussi pour des strabismes et des tumeurs oculaires épouvantables »,répond -il. Des opérations parfois terminées à la lueur de la torche électrique quand des coupures de courant surviennent. « Quand on opère une personne dans cet état-là on lui rend l'autonomie, c'est-à-dire la vie », témoigne-t-il.

Heureux de «servir»

Alors que d'autres profiteraient d'une retraite bien méritée, le docteur Grollemund, 72 ans, est heureux de continuer à exercer (1) et à mettre toute son expérience au service de populations très défavorisées. Avec le docteur Pierre Pichon, il est l'un des deux fondateurs de la branche ophtalmologique de l'association Jumelage et rencontres pour l'entraide médicale internationale (Jeremi), née à Dijon et qui a accompli un travail énorme en créant, parmi ses activité deux services ophtalmologiques :le premier à partir de 1985 à Ouahigouya dans le nord du Burkina Faso (pays de l'Afrique de l'Ouest) et le second à Dori dans le nord-est à partir de 1991. « En brousse, il n'y a pas d'ophtalmologue, rapporte le médecin. « Sur les dix infirmiers ayant le droit d'opérer, un a été formé par notre équipe. Un autre est en cours de formation.»
Docteur Marc Grollemund
- En raison de l'effet conjugué du soleil et des carences alimentaires, il y a dix fois plus d'aveugles au Burkina Faso, qu'en France. Certains sont atteints très jeunes de cataractes totale. À Dori, la capitale du Sahel burkinabé où se côtoient différentes ethnies, le docteur Grollemund se souvient avoir opéré un berger peul de 27 ans, qui ne s'était nourri que de lait. « Il y avait plusieurs années qu'il ne voyait plus rien. Il avait été amené par son frère. Je l'ai guéri. » Il évoque aussi avec émotion l'histoire de ce cartable qui ne le quitte plus.
Un si beau cartable

«On m'a amené un homme qui avait un oeil complètement blanc. Certains voulaient lui enlever. Son cristallin s'était rompu. Je l'ai opéré et il a retrouvé la vue. Il était boucher sur le marché et il a voulu m'offrir un morceau d'agneau mais je n'ai pas accepté: Sur les marchés en Afrique, la viande est recouverte de mouches ! Le lendemain, il m'a offert cette serviette qui a du lui coûter très cher alors que c'est un homme pauvre. Ce boucher est devenu mon ami. Quand je le retrouve sur le marché de Dori on se congratule toujours. » Enthousiaste, le docteur Grollemund l'est toujours pour poursuivre ses missions avec d'autres confrères comme les docteurs Jean-Claude Villon et Karine Sandon de Mâcon, qui ont rejoint Jeremi. La dernière.fois que Marc Grollemund est allé à Dori, il a dû être gardé par deux gendarmes armés de kalachnikovs car la zone est devenue dangereuse. Il y retournera au mois de janvier.« ]'adore opérer », nous confie l'infatigable médecin. « J'espère pouvoir le faire jusqu'à mes 75 ans ou plus.»

(1) Il fait des remplacements deux jours par semaine à Chalon et Chaumont.

A Dijon, avec la SDAT

Le docteur Marc Grollemund s'investit aussi à Dijon avec d'autres ophtalmologues retraités dans une consultation qui a été montée dans l'antenne médicale de la SDAT à Dijon avec l'aide du Rotary.
« Chaque semaine, il y a une consultation d'ophtalmologie pour les exclus », explique-t-il.