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Noël ensemble pour éviter les galères

Article dans le Bien Public du 21/12/2018 à télécharger

Repas de no&eumll

Mercredi midi, nous avons passé un moment avec des sans-abri et des personnes en très grande précarité, lors du repas de Noël organisé par la Société dijonnaise d'assistance par le travail. Reportage.

En principe, ils n'auraient jamais dû se rencontrer. Ils n'auraient jamais dû taper la discute autour d'une table. A se fendre parfois la poire en deux. De ces quelques éclats de rires venus rallumer un visage souvent éteint par la violence de la vie. Un arc-en-ciel dans le ciel sombre de leur quotidien.

« La vie est un mystère de tous les jours »

Mercredi midi, on a frisé la centaine de personnes. Ils sont sans domicile fixe ou en très grande précarité dans l'agglomération dijonnaise. Certains sont venus avec leur plus fidèle compagnon leur chien. Ils sont majeurs. Ils sont de toutes les origines, de toutes les religions, de tout pays. Dans la salle archicomble de l'accueil de jour de la Société dijonnaise d'assistance par le travail (Sdat), rue des Corroyeurs, ils ont partagé le repas de Noël. Certains pour la première fois. D'autres, malheureusement, en grands habitués. Il y a Nicolas, 46 piges, qui dort dans la rue depuis peu. Une vraie pile Duracell, sourire vissé au visage; « Ce moment, c'est important, c'est la fête », répète-t-il à l'envi, débit façon mitraillette. « Car sinon, on a tout le temps des soucis dans notre vie. » Il souhaite absolument faire une photo avec,un type nommé Pokémon, 26 ans, sans-abri lui aussi. Et puis il y a Christophe, 52 ans, l'amoureux à la vie à la mort de Dijon. Mahmoud Mounir, du Soudan, qui a mis deux ans à rejoindre la France. « Une nouvelle vie », dit-il, les larmes jamais trop loin. Et puis, François, 51 ans, un employé de la Ville de Dijon, tombé dans la très grande précarité récemment, et Marie-France, à ses côtés, pour qui « la vie est un mystère de tous les jours ». Ils ont tous accepté de raconter un bout de leur vie cabossée, avec cette idée, en filigrane, que l'espoir meurt en dernier.

Christophe, 52 ans, ex-parachutiste : « Trente-cinq années de misère »

« Je suis né à Dijon et je ne suis pas près de quitter cette ville », lance Christophe, d'emblée. Dans sa vie, il lui a fait une infidélité, qui a duré trois années, pour suivre son service militaire. « Je n'aime pas les ordres et pourtant je l'ai fait », assure-t-il. Trois ans en tant que parachutiste à bourlinguer entre le Liban, le Tchad et la Nouvelle-Calédonie. Son matricule, il ne l'a pas oublié. Numéro 525 135. Une vraie mémoire d'éléphant. Aujourd'hui, Christophe a 52 piges, dont « trente-cinq années de misère ». Il dit faire la mançhe dans la ville qui l'a vu grandir. En gros, un élève de l'école de la débrouille. Que pense-t-il de ce repas de Noël ? Il répond du tac au tac: « Cela apporte de la joie, de la chaleur ». Il poursuit : « On pense un peu à nous. On met les moyens pour les SDF ».

Mahmoud, 27 ans : « J'ai fui le Soudan à cause de la guerre »

Il a fui son pays, le Soudan, en raison de la guerre. Deux ans pour arriver en France, en solo, passant par la Libye et l'Italie. Cela fait bientôt trois ans que Mahmoud, 27 ans, a posé son baluchon sur le sol français. Il y a sept mois, il est arrivé à Dijon. Il a le statut de réfugié. Mais dit galérer depuis. En ce moment, il dort au foyer Sadi-Carnot en attendant mieux ... De quoi rêve-t-il ? « Je veux progresser en français. Écrire correctement le français. Faire mon futur en France. Devenir quelqu'un. Avoir un appartement, un diplôme, une femme. Pour le moment, je suis mal », dit-il, dans des mots pleins de sanglots. Son visage s'illumine d'un coup quand on lui parle de ce repas de Noël. « Je connais tout le monde ici. C'est très bien. On partage de bons moments », confie-t-il dans un éclat de rire, qui vient consoler sa tristesse.

François, 51 ans : « J'ai basculé à la suite d'une rupture amoureuse »

« On nous prend pour des frères et soeurs », annonce François, 51 ans. Les aléas de la vie l'ont rapproché de Marie-France, 44 ans, assise à ses côtés. Une amitié s'est nouée entre eux. Cette année, l'homme découvre le repas de Noël de la Sdat. « Cela apporte de la chaleur humaine, de la convivialité. Ici, c'est une grande famille. » Lui qui n'en a pas. Ses galères ont démarré en mai. Une rupture amoureuse, avec la rue en ligne de mire. L'incertitude. Des nuits à se consumer dans sa voiture. « Pourtant, je suis employé à la Ville de Dijon depuis 2008. Je suis au service proximité pour l'instant. Mais tout coûte. cher. » Il espère bientôt pouvoir trouver un logement, comme Marie-France d'ailleurs. Elle, c'est son deuxième Noël ici. « On n'a rien dans les poches mais tout dans le coeur », résume-t-elle, les yeux qui s'illuminent.

« Ne pas faire le repas de Noël est impensable»

Photo de Jean-Luc Joly


Jean-Luc Joly, secrétatre général de la Sdat « Ce repas de Noël, préparé en grande partie par les dix salariés de la Sdat, est important. Toutes ces personnes désocialisées se rapprochent de la vie normale. Ils rentrent dans la société. Ils la sentent. Certains nous ont même demandé quand le repas de Noël avait lieu. Et pourtant, ils n'ont aucun repère dans le calendrier. Ne pas faire ce repas est quelque chose d'impensable. On leur a proposé ensuite un loto, avec des lots de partenaires. »