Le testament de Madame Claudine-Marie-Sophie VILLENEUVE,
épouse de Monsieur Henry GRANGIER
  15 juillet 1903

Prologue
Reproduction authographique
Je vais faire mon testament. Avant de le commencer, je tiens à expliquer le sentiment auquel j’obéis, le but que je me propose en écrivant les dispositions qu’il contiendra et à le faire de telle sorte qu’il ne puisse subsister aucune équivoque à ce sujet.

Le sentiment auquel j’obéis est un sentiment d’affection et de reconnaissance pour M. Henry GRANGIER mon mari. Pendant près de 31 ans qu’a duré notre mariage, il m’a rendue complètement heureuse, les seuls chagrins qu’il m’ait causés ont été l’état précaire de sa santé et sa mort. Il m’a laissé toute sa fortune, il me l’a laissée sans conditions, de la manière la plus délicate, la plus touchante. Il m’a dit, je crois que c’était en octobre 1901 « je vais refaire mon testament, il ne me satisfait pas, je te donnerai tout et voudrais pouvoir faire plus ». Comment ne pas l’aimer ! Comment ne point ressentir à son égard une extrême gratitude !

Pendant sa vie, je me suis efforcée de lui témoigner l’affection et la reconnaissance que j’éprouvais en me consacrant à lui, en l’entourant de soins, en ouattant son existence de sollicitude et de dévouement, en tâchant d’adoucir ainsi de mon mieux ses souffrances.

Après sa mort, j’éprouve un irrésistible besoin de lui montrer autrement et mieux encore que par mes larmes, que sa mémoire m’est aussi chère qu’il m’a été cher, lui, de son vivant et que ma reconnaissance rendue plus vive encore par la dernière marque d’affectueuse confiance qu’il m’a donnée ne s’éteindra qu’avec ma vie. Lui prouver tout cela, voilà mon but. De quelle manière puis-je y arriver ? Je n’en vois qu’une.

Considérant la fortune que mon mari m’a laissée, bien que léguée, je le répète, sans aucune condition ou promesse restreignant ma liberté d’en disposer à mon gré, comme une sorte de dépôt, en user comme il en usait de son vivant, en disposer, autant que possible comme il en aurait disposé si j’étais morte avant lui.

Pour cela, chercher par tous les moyens possibles à m’identifier sa manière de voir sur les hommes et les choses, consulter ses préférences, ses désirs et m’en inspirer de manière si complète que mon testament semble avoir été dicté par lui et qu’il puisse en quelque sorte être regardé comme son œuvre.

Par suite de la vie retirée que son état de santé l’obligeait à mener, mon mari a été peu connu. Rares furent les personnes qui ayant vécu dans son intimité ont pu découvrir l’esprit fin, vif et délicat, l’intelligence cultivée, la largeur d’idées, le goût pour l’art et les sciences cachées sous son extrême modestie. Moi seule pourrais dire quel trésor d’indulgente bonté renfermait ce cœur aimant, accessible à toutes les pitiés, mais surtout à la pitié pour les malades, et plus spécialement pour ceux qui souffraient près des lieux où lui-même a tant souffert.

Je veux du moins que mon testament contribue dans la limite du possible à le montrer tel qu’il a été.

Si les dispositions qu’il renfermera produisent quelque bien, je veux que ce bien soit attribué à mon cher disparu. Si elles méritent quelque reconnaissance, si elles valent quelques éloges, je veux que cette reconnaissance et ces éloges aillent à sa mémoire ! Ce sera pour moi une consolation de penser que je n’aurai rien négligé pour que son souvenir disparaisse moins vite qu’il ne l’aurait fait sans cela.

En écrivant mes dernières volontés, je songe aussi et beaucoup à tous ceux qui ont témoigné si peu que ce soit d’intérêt, de dévouement ou d’affection à mon mari, à mes parents, à moi.

Ceux-là non plus, je n’ai garde de les oublier !

Si le souvenir que je leur laisse fait naître en eux quelque mouvement de sympathie et de regrets, je les prie de l’avoir surtout pour celui qui par ses dispositions, m’a permis de les remercier autrement que par une simple pensée.

Signé : S. Grangier née Villeneuve

Cette introduction à mon testament devra être reproduite autographiquement et un exemplaire être remis à chacune des personnes dont le nom figurera dans mon testament et mes codicilles.

Signé : S. Grangier née Villeneuve


Extrait du testament de Mme GRANGIER du 15 juillet 1903


« Je lègue......................................................................................................

à la Société d’Assistance par le Travail de Dijon une somme de cent mille francs ; si cette société n’est pas en fonctionnement à l’époque de mon décès, cette somme de cent mille francs ira au bureau de bienfaisance de cette ville.

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Tous les legs particuliers ci-dessus sans exception seront délivrés à mes légataires nets de tous droits et frais quelconque. Les capitaux ne seront exigibles que un an après mon décès sans intérêts ..........................................................................................................
Reproduction authographique de la première page du testament de Mme GRANGIER





Reproduction authographique de la deuxième page du testament de Mme GRANGIER





Reproduction authographique de la troisième page du testament de Mme GRANGIER





Reproduction authographique de la quatrième page du testament de Mme GRANGIER